Xena’s Legacy

34614189665_a2c43188d4_oEst-ce qu’on peut écrire sur la place d’une femme au travail, dans sa vie quotidienne, dans ses interactions avec les autres ? Est-ce qu’à chaque seconde, à chaque moment, nos actions doivent refléter un engagement, une prise de position, une conviction ?

Est-ce que vivre ses principes au quotidien est un handicap ?

Aujourd’hui, c’est un peu comme si l’univers lui-même me poussait à me questionner…

Bon, je vous dois un contexte. Imaginez, une soirée d’enregistrement d’émission de radio locale, drôle, agréable. un blind-test géant, agrémenté d’une sorte de schmilblick (aka big Bamboo)… Un petit côté dirty et provocateur, tout en restant bon esprit… Des gens qui dansent, boivent un verre, se rencontrent… A la fin de l’émission, quelques secondes avant de rendre l’antenne, les questions pleuvent:

« -Est-ce que le « Big Bamboo » fait plaisir ? Oui !

-Est-ce qu’il se mange ? Oui !

-Est-ce qu’il se suce ? Oui !

-Est-ce que c’est un légume ?  Nan ! tu suces des légumes sérieux ?

-Nan, ça n’est pas du lubrifiant… »

Et étrangement, ça n’est pas non plus un clito meilleure réponse possible de cette soirée… La réponse tant attendue était… *roulement de tambours obligatoire* : du Viagra…!

En quelques secondes, je suis passée du sourire bon enfant, au rictus incrédule, puis au… « mais qu’est-ce que je fous là ? » … Il y a comme un truc qui me tique, et j’ai un peu de mal à mettre le doigt dessus…

Quand j’ai eu le malheur de dire : « bah moi le viagra, ça ne me procure pas de plaisir en fait… c’est hyper phallocentré votre truc et assez peu féministe… », une jolie blonde, pourtant pas débile me dit l’air un peu désolée pour moi que les mecs qui organisent, bah ils sont plutôt conscients des problèmes des femmes hein ! Et engagés ! Sisisi ! Il faut se détendre un peu quand même!

J’insiste, un peu lourdement, certes, mais aussi parce qu’il y a un point de vue à faire valoir là-dedans, et puis que merde, on est dans une soirée, mais en démocratie, en direct sur une radio libre, alors, bon, c’est un peu l’occase de les renvoyer dans leurs 32… 31 ? Putain je n’ai jamais compris cette expression.

La blondinette de me répondre : « Ouais bah c’est bon hein ! On n’est pas obligées d’être féministes tout le temps non plus ! »

17700697720_499b1a221f_oMoment d’arrêt.

Seconde (éternelle) de silence.

Sourire gêné de ma part. « Euh… bah, en fait… si ! »
Elle… « Bah nan. »

En mode: « Dommage pour toi que tu ne comprennes pas ça ! Tu m’étonnes que tu ne niques jamais ! Hihihi ! » (Je rajoute le « hihihi » parce qu’à ce moment-là, la condescendance crasse dont cette personne fait preuve à mon égard me pousse à faire de son personnage quelqu’un d’absolument détestable. C’est totalement gratuit, mais ça fait un bien fou.)

Alors bon, je veux bien entendre, presque, peut-être, comprendre, mes côtés excessifs et inadaptés (ok, profondément inadaptés) au monde d’aujourd’hui.

Je veux bien admettre un décalage assez flagrant avec la génération à laquelle je suis censée appartenir. Oui, oui. Celle qui préfère oublier dans l’alcool et les drogues plutôt chimiques qu’elle rate plus ou moins sa vie dans un boulot un peu pourri et que le nerf de la guerre quand ça n’est plus le fric, c’est une tentative désespérée d’avoir assez de followers sur Instagram pour ne plus jamais travailler de sa vie, ou peut-être de partir faire un tour du monde sans un rond parce que les gens sont tellement gentils, tellement bisounours, que parmi les gens sans un rond,  on retrouve la vie simple, les vraies valeurs, tout ça ?

Bref, j’admets, que mon regard vis-à-vis de tout ça est plutôt cynique, assez parisien (dans ma tête, l’élite et le snobisme restent des compliments car la nuit je mens… @Boris&Alain)

Mais bordel…

ON N’EST PAS OBLIGEES D’ETRE FÉMINISTES TOUT LE TEMPS NON PLUS… ?!?

Mais dans quel monde tu vis Choupette ? T’as oublié que ta meilleure pote a failli se faire violer il y a un mois dans une ruelle parce que sa jupe arrivait au-dessus de ses genoux et que donc, sisi, elle l’avait cherché ?

Tu as oublié ce que toi-même tu as vécu d’irrespect et de rabaissage juste parce que tu étais une femme et que tu ne méritais pas plus ?

Tu as oublié que tu te poses la question chaque jour avant d’aller travailler de savoir quelle image renvoie ta tenue ?

Tu as accepté l’idée que tu ne gagnerais jamais autant que tes collègues au même poste juste parce que tu as une paire de seins (fortement développée ou non d’ailleurs) ?

Tu as peut-être à un moment décidé d’assumer ta « féminité » en riant aux blagues machos de tes collègues, en t’offusquant poliment de celles qui étaient censées choquer ton esprit de jeune fille prude. Tu as fait leur jeu. Ce jeu qui dit qu’à partir du moment ou on a bien compris et intégré ce truc du #metoo, bah en fait, les blagues sexistes deviennent acceptables, parce que tu les cautionnes… C’est comme faire des blagues sur les juifs/noirs/arabes/belges (et j’en passe), parce qu’il y en a un dans la salle, et qu’il est assez gêné pour rire quand même malgré la xénophobie et le racisme latents.

Ta mésestime de toi, de nous toutes, me fait du mal et me déçoit. Que tu penses être d’accord avec ça par peur… de quoi au fait ? D’être seule ? Qu’on ne t’aime pas ? D’être abandonnée ? De ne plus jamais faire l’amour ? D’être traitée de féministe ? De sorcière ? Brûlée vive sur un bûcher ?

Ta peur fait écho à toutes nos craintes ancestrales, à cette fébrilité qui s’empare de nous quand un homme nous coupe la parole, parce que ce qu’on dit n’a pas le même impact, pas la même importance, pas le même poids. Elle résonne dans ton impuissance quand les blagues potaches des collègues « remettent les femmes à leur place ». Elle nous ramène à ce sentiment d’injustice muet quand on nous impute des défauts qui seraient des qualités pour des hommes dans la même situation (La nana « grande gueule » devient un homme « charismatique », la « harpie  autoritaire » devient « leader » … etc.); quand il faut « laisser les hommes gérer », rester à notre place…

Dans tous ces moments, quotidiens, récurrents, peut-être qu’une petite voix te glisse à l’oreille qu’il y a quelque chose de pourri au Royaume du Danemark… Peut-être que tu as un peu la nausée et une chaleur vive dans le bas ventre qui te donne envie de taper du point sur la table.

Parce que ces situations là sont quotidiennes, parce que dire « amen » une fois, c’est potentiellement gâcher la vie d’une femme à côté de nous. Parce que changer les mentalités, les façons de penser, c’est surtout de petites choses, de petits actes, dans des situations peu dangereuses, OUI, on va être féministes tous les jours.

Parce que sans être contre les hommes, je suis pour le respect. Je suis pour la prise en compte de mon plaisir.

Parce que le viagra pour femmes, ça n’existe pas. Il n’y a pas d’équivalent. Parce qu’un homme qui bande ne me procure pas forcément un orgasme. Parce que je peux jouir sans même que mon partenaire bande en fait ! Parce qu’à ce moment-là, ces mecs n’ont juste pas pris en considération la possibilité d’un autre point de vue.

C’est là que commence le problème. Dans le manque d’empathie, dans la non-considération de l’existence et de la sensibilité de l’autre.

C’est souvent à ce moment que les choses vrillent. Dans l’histoire, je veux dire. Quand on arrête de prendre l’autre en compte. Ou tout simplement de le considérer. Ça donne des révolutions, des insurrections. Ça fout la merde en fait. Alors bon, même si mon côté « Fearless warrior Queen » me souffle de prendre les armes et de brûler vifs tous ces phallocrates débiles, le bouddha bienveillant que j’essaie de faire grandir au fond de moi serait plutôt pour le dialogue. (Pffff)

Disons donc qu’il faut continuer d’éduquer, inlassablement. Et que même si le feu de joie ne sera pas pour demain, on peut quand même affûter nos couteaux, l’air de rien…

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