The Spring Paradox

Le printemps est pour beaucoup une période de renaissance, physique et spirituelle. Cette saison nous permet de laisser derrière nous nos vieilles rancœurs, nos anciennes blessures, et de nous diriger avec confiance vers un avenir plus serein dans la bienveillance et l’apaisement. Les planètes s’alignent et nous retrouvons une énergie naturelle qui nous pousse à aller vers les autres.

Nan, attends, arrête d’appuyer sur F5. Tu n’es pas sur un blog d’astrologie chelou qui va te demander de payer 19,99€ pour une consultation avec Juanita la voyante…

Je me suis dit que ce serait chouette d’écrire un truc hyper positif sur le printemps sans aborder les fumeurs qui te pourrissent la vie sur les terrasses (déjà que tu les as suivis dehors tout l’hiver pour continuer les discussions), et les giboulées qui transforment ton shiny day en une grippe carabinée…

Mais nan, désolée, j’y arrive pas. J’ai l’impression d’être un OVMI (Objet Vivant Mal Intégré), mais cette saison m’emmerde un peu, souvent…

Bon, si on aborde les poncifs, c’est ce que les fashionistas appellent la « mi-saison ». Traduction : tu sais juste jamais comment te sapper. Tu pars le matin avec un manteau et un pull parce qu’il fait 5°C et à 13h, tu meures de chaud sous un soleil de plomb.

Bon, ok c’est un peu facile de s’attaquer à la météo, elle y est pour rien et on aimerait bien continuer à avoir des saisons dans notre latitude hein… C’était juste histoire de râler un peu sur le temps… La tradition quoi…

Les premières chaleurs marquent aussi le retour des odeurs familières. L’herbe fraichement tondue, le vent chargé de pollens, les départs au travail en sifflotant sur son vélo. Les weekends à rallonge, les nouveaux massifs sur les ronds-points… Le renouveau quoi…

C’est aussi la sortie des gens qu’on n’avait pas vus depuis octobre. Les hibernants. Ceux qui planqués au chaud tout l’hiver ont eu une vie parallèle, n’ont pas affronté le froid, le gel et la solitude. Ceux qui connaissent le catalogue Netflix par cœur et ont participé à l’explosion du CA de Ubereats. Ceux qui s’étaient rencontrés au printemps précédent, pleins d’hormones et de rêves.

Comment explique-t-on que tout à coup, ils nous envahissent de ventres arrondis, de poussettes et de bébé braillards ?

Ils arborent le sourire bienheureux de ceux qui ont tout compris – ou peut-être rien qui sait – débordants d’endorphines et dégoulinants d’un étrange altruisme intéressé, visant exclusivement à se prouver qu’ils sont heureux. Leur regard est empli d’une vacuité bovine inimitable lorsqu’ils regardent l’être aimé, leur démarche est dansante, comme pour montrer au monde entier le bonheur d’être eux.

Après une brève nausée, souvent, on les tolère jusqu’à la fin de l’été. Alors que secrètement on espère rejoindre la caste. Réapparaitre nous aussi aux prochains beaux jours en ayant complètement oublié notre individualité.

Bad thoughts on a bright sunny day…

Il y a vraiment des jours où j’emmerde le printemps. J’emmerde cette injonction à sortir en troupeau de chez soi, à aller bien quoi qu’il arrive. Je conchie cette dictature du bonheur.

J’aimerai tellement vous parler d’une ritournelle printanière, d’un petit air guilleret et entrainant qui fait voler les jupes fleuries des filles, non moins écloses, et colle sur leurs visages poupins un sourire inconscient et naïf, témoin de l’innocence et de la béatitude que l’ocytocine seule peut faire naître un matin frais du mois d’avril.

Mais tout ce qui résonne dans ma tête, c’est une complainte, un refrain lancinant de début de bruine, un morceau de quai dans le brouillard, un accordéon, pourquoi pas… Un parfait exemple de romantisme désuet, une bouchée douce-amère de nostalgie bienveillante.

Le printemps et son obligation de sourire niais me rend pensive et critique. Il me pousse invariablement à remettre en question le bien fondé de tout ce soi-disant « bonheur ». Sommes-nous si dépendants du temps qu’il fait et de la température ? Les inuits font-ils tout le temps la gueule ?

Ce concept de mi saisons me mitige… Passions tièdasses, émois juvéniles… Je revendique le droit d’être heureuse et mièvre en hiver, sous 10 couches de pulls et de vivre les stripteases les plus longs de l’année. Je fais valoir leurs droits aux amours moites estivales, celles qui rendent la nudité essentielle et la sueur sexy en diable. Le renouveau printanier a un côté naïf qui me met en rogne… Et encore, je ne vous parle pas de l’entrée de Pluton en Balance qui fout la merde…

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