Wild Stuff

J’ai pas mal hésité avant de publier cet article. J’y parle un peu de moi mais aussi de quelque chose de plus universel…

Il faut que je m’explique.

En tant que femme, et malgré une éducation ouverte, ni phallocrate, ni contraignante, j’ai grandi avec ce sentiment étrange que je ne me réaliserai pas par moi même. Qu’il fallait un homme pour combler mes lacunes, une vie de famille épanouie pour m’accomplir. Que contrairement au sexe fort, seule, je n’étais rien.

Non, je mens.

En réalité, j’ai grandi avec un sentiment de puissance infinie. J’ai grandi comme un garçon. Tout était possible. L’idée d’un-e “autre” à mes côtés n’était même pas une option. J’étais une fille, oui, et je rêvais de devenir réalisatrice de films. Je me souviens même avoir dit à ma mère que je l’emmènerai en Chine ou en Australie quand j’aurai fait fortune comme Jane Campion.

Bon, je connaissais pas son nom, mais j’avais une obsession étrange pour « La Leçon de Piano ». Quand j’ai su que J. Campion était une femme, j’ai ressenti un mélange de fierté et de défi… Moi aussi je veux faire ça… Moi aussi je veux toucher les gens.

J’ai grandi comme un garçon.

Je n’ai pas rêvé de me réaliser à travers qui que ce soit. J’ai toujours eu confiance en l’idée que je pouvais tout faire, que rien ne m’était « pas destiné ». Je n’ai à aucun moment envisagé/planifié mon mariage parfait, trouvé le nom de mes futurs enfants et embrassé une idée de vie maritale et familiale comme un accomplissement ou un but.

Et puis à un jour, quelque chose a changé. Je ne sais pas exactement quoi, mais vers 24 ans, peut-être fatiguée d’avoir roulé ma bosse autour du monde, d’avoir vécu de quelques emplois précaires, d’avoir souffert de ma liberté assumée, j’ai décidé de me reposer sur quelqu’un. Comme si la fête devait s’arrêter à un moment. Comme si il était temps de grandir et de vivre une vraie vie d’adulte. Comme les autres. J’ai choisi de me mettre en couple.

Ma vie a basculé.

Tout ce que j’avais toujours fait seule (le bon comme le mauvais) était tout à coup à revoir, à repenser, plus à la hauteur, plus assez. Tout devenait subitement mieux à deux, plus simple, plus facile, plus intense. Même les rêves, les envies, les folies, les déboires, tout était plus beau, plus grand, plus intéressant à deux.

A deux, on est plus forts, à deux on peut conquérir le monde…

Petit à petit, mon individualité est passée au second plan. MES rêves et MES envies n’étaient plus si importants. Ils ont fini par disparaître, se fondre dans un binôme étrange, se lisser pour correspondre aux attentes, aux envies, à la grande aventure d’être en couple.

Construire à deux, avoir des projets, s’aimer à la folie, faire l’amour, beaucoup, et des fois moins, s’aider l’un l’autre, se regarder avec tendresse, partager une intimité, être les meilleurs amis du monde, être le miel dans la vie de sa moitié. Se préoccuper du bonheur de l’autre, anticiper ses besoins, ses désirs, toutes ces petites attentions du quotidien qui font le ciment d’un couple équilibré.

Vous voyez déjà où je veux en venir ?

A ce moment, que j’ai considéré comme le moment de grâce de ma vingtaine, j’avais arrêté de croire en moi. J’avais totalement arrêté d’exister en tant qu’individu.

L’idée même de faire quelque chose par moi même, seule, sans aucun but commun, sans être dans une certaine construction pour mon couple m’étais insupportable. Je n’avais plus d’ambition ni personnelle, ni professionnelle, plus d’envie particulière, plus de passion. Le couple était mon tout. Il me nourrissait. Il était ma raison de vivre.

Pas mon mec hein ! Mon couple.

Je vivais deux, respirais deux, pensais deux, mangeais deux, et pourquoi pas trois?… Je m’étais transformée. J’étais devenue cette enfant que je n’avais jamais été. Je voyais le couple comme un accomplissement ultime, un but à atteindre, une réussite sociale.

Je devenais de bonne grâce une ménagère des années 50 qui cuisinait un brunch pour les invités au retour du marché le dimanche, organisait des apéros dînatoires le vendredi, rappelait les rendez-vous chez le médecin à son cher et tendre et veillait à ce que l’appartement soit bien tenu… Bah oui, au cas ou belle môman débarquerait par surprise…

Et petit à petit, j’ai commencé à me sentir perdue, mal… empruntée. Etrange, non?

J’étais persuadée que j’avais un problème. On me répétait souvent que je prenais trop de place, que j’avais trop de caractère… Pourtant, je me sentais vide et vidée. En colère aussi parfois, mais plus que tout, inquiète. Inquiète pour mon couple comme une mère est inquiète pour son enfant. Inquiète pour mon couple en permanence, mais pas une seconde pour moi même.

J’étais une ombre, un fantôme. un fantôme qui prenait trop de place…

Bref, 15 kg et une rupture plus tard : le désarroi, l’abandon, le vide… LA SOLITUDE. Intense, fourbe, désarmante. Pleine de regrets et de questions. Une espèce d’état étrange qui est supposé nous combler, nous rapprocher de nous même, nous emplir d’une sérénité bienveillante, nous pousser à nous retrouver, Bla bla bla.. En vrai quand tu viens de vivre pour deux pendant quasiment une décennie, les gens qui te parlent de la joie de la solitude, t’as un peu envie de leur faire mal physiquement…

Je lisais un article dans Madame Figaro (oui personne n’est parfait) intitulé “La solitude, le nouveau luxe des femmes”. Le titre m’a frappée. L’article en lui même restait assez plat. Bon, en même temps le papier précédent titrait « L’apparition inratable de Céline Dion au défilé Alexandre Vauthier », j’aurais dû me méfier… La journaliste développait l’idée du weekend en solo pour échapper à ses responsabilités de mère de famille et femme active plus que celle d’un besoin que je pense ne pas être la seule à ressentir.

Un besoin profond de se retrouver.

Ce sentiment est décrit admirablement décrit dans l’ouvrage de Clarissa Pinkola Estes “Femmes qui courent avec les loups”. Pour vulgariser son propos, elle parle de l’idée de retrouver sa “nature sauvage”, de renouer avec soi, et avec sa créativité. Les femmes ont été élevées et ont vécu dans un carcan culturel si longtemps qu’elles en ont oublié leur vraie nature. Elles en ont oublié de vivre pour elles, de s’écouter, de se respecter.

Et en fait, c’est assez frappant, assez flagrant, de se rendre compte à quel point on se retrouve toutes, à un moment de nos vies, à devoir se poser la question. Se demander ou on est passées. Ou plutôt, comment est-ce qu’on a pu vivre comme ça aussi longtemps? S’oublier aussi fort. Nier sa propre existence jusqu’à un point de non retour aussi lointain?

Certain-e-s diront « s’oublier pour un-e autre », mais au final, est-ce vraiment ça? A-t’on vraiment rendu service à l’autre en se donnant corps et âme dans une relation au point de ne plus se connaître? Cet-te autre a t’il-elle exigé de nous que nous n’ayons plus de vie pour que « Le Couple » puisse exister? N’avons nous pas nous même, à un moment, décidé inconsciemment de nous perdre? N’avons nous pas relâché notre vigilance? Abaissé nos standards par dépit? Par crainte de mourir seul-e?

Après le constat, viennent les retrouvailles pour certaines, la rencontre pour d’autres. ll faut apprendre à faire avec cette personne qui grandit à l’intérieur de nous. Cette personne qui maintenant éveillée, ne se rendormira pas si facilement.

Alors bon, je vous ai vaguement parlé de mon petit bouddha intérieur que j’essaie de faire grandir pour arrêter de brûler les gens… Sisisi, souviens toi lecteur assidu ! Bah, en fait, c’est pas hyper simple de devenir bienveillante ou sereine quand tu te sens seule, que potentiellement tu trouves que la plupart des gens ne méritent pas de vivre sur cette terre au vu de ce qu’ils en font et de leur profil Facebook . (Et insta aussi…)

Bref, j’ai commencé à nourrir Todd (mon petit Bouddha, tu suis ou pas?) J’ai médité, me suis donné à fond dans le yoga (hello cliché), j’ai lu, relu, j’ai été au ciné, au musée, au théâtre, à l’opéra. J’ai passé du temps avec Todd, qui est sympa mais un peu babos parfois, je me suis souvenue de qui j’étais avant toute cette étrange aventure.

Mon chemin avec moi même ne rend pas plus simple un certain nombre de soirs ou il me manque du miel, un complice et une envie commune de faire confiance. On ne peut pas se couper du monde éternellement. On ne peut pas non plus s’imposer une compagnie. Vous aurez compris que je travaille dur pour ne m’imposer personne…

Ma route ne m’a pas donné de solution magique pour s’aimer plus ou se supporter mieux. En tout cas pas pour le moment! Promis je vous préviens quand ça arrive !

En fait, ça m’a juste aidée à me souvenir de la personne que j’ai été pendant 24 ans avant de vouloir rentrer dans un moule trop petit. De mes rêves, de mon ambition. De ce monde où j’ai eu la chance de grandir sans que rien ne me soit impossible sous prétexte que j’étais une femme, et où j’ai choisi seule de me mettre en cage.
De cette éducation qui m’a apprise à m’en sortir avec mes armes, mon verbe et mon courage et que j’ai caché par peur de déplaire.

J’ai ramené en ce monde une personne qui a passé 10 ans à dormir. J’ai réveillé quelque chose qui ne saurait retourner dans l’oubli. J’ai réveillé une personne que je croyais morte depuis longtemps. Une personne dont je n’avais aucun souvenir. Une personne que, par acceptation, par conformisme, j’avais décidé de tuer. Je suis morte et ressuscitée…

Call me Jesus bitches !

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