The Women next door

Vous avez remarqué ce truc dans l’air ces derniers temps? Je ne parle pas du pollen (qui lui est ma foi remarquable en effet). Ce truc phallocentré et rétrograde qui stagne un peu dans une puanteur crasse?

On le savait hein, que les droits des femmes c’était pas gagné, qu’on avait encore pas mal de taf pour changer les mentalités des gens sur l’égalité, même des femmes sisi!

Je ne peux pas m’empêcher de penser à toutes ces années où nos droits ont été bafoués, nos libertés entravées, toutes ces années où le respect nous a été refusé.

Je me souviens, avec une certaine amertume, des commentaires infantilisants sur ma “poitrine d’adolescente” qui précédaient l’injonction paternaliste de se mettre à procréer rapidement, parce qu’à 25 ans, il serait temps chez le gynéco. J’avais honte en sortant de mes rendez vous. Je me sentais mal à l’aise, vulnérable.

Je me vois encore réfléchir à la longueur de ma jupe, et choisir ma tenue en fonction des regards, réflexions, et potentielles agressions dans la rue. Par réflexe, baisser la tête et accélérer le pas quand je passe devant des hommes, seuls ou en bande, pour ne pas attiser, pour ne pas provoquer. Cette envie de devenir toute petite tout à coup.

Je ne peux m’empêcher de penser aux poncifs sur les femmes dans le milieu professionnel qui doivent faire deux fois plus leurs preuves qu’un homme. Travailler plus, plus longtemps, être plus efficace pour espérer être considérée de la même façon que le tocard, bien mieux payé, au même poste qui bâcle et raconte ses vacances au ski à la machine à café.
Je ne compte plus les réflexions constructives des supérieurs hiérarchiques mâles qui reprochent… de ne pas sourire assez…
Vous imaginez quelqu’un reprocher à un homme au travail de ne pas sourire assez? Vraiment, arrêtez vous deux secondes et pensez y. Ca parait délirant non?
« Jean Michel, je trouve que tu ne souris pas assez, ce serait bien que tu fasses un petit effort… Oui, voilà, plus haut la moustache »…

J’ai la nausée quand je vois qu’encore aujourd’hui, être une femme semble impliquer d’être jolie, polie, douce, souriante et agréable .

Je me sens bouillir  quand j’entend une militante écologiste se faire taxer d’hystérie sur un plateau télé face à un journaliste condescendant et paternaliste.

J’ai peur quand je vois aux Etats-Unis des états reculer sur les droits des femmes et laisser des hommes décider ce qu’il doit être fait concernant leur utérus.
Je suis triste quand je pense à toutes ces femmes qui mettront dans un avenir proche leur vie en danger pour garder le contrôle de leur corps.
Je suis dépitée de voir ces poings se lever dans le monde entier sans que cela ne change quoi que ce soit. Sans que ces hommes remettent une seule seconde en question leur décision.

Je suis terrifiée à la simple pensée que nous sommes au début d’un monde qui risque très vite de ressembler à celui de “The Handmaid’s Tales” sans même qu’il y ait de crise démographique pour tenter de le justifier.

Personne ne bouge. On attend.

Après tout, les droits des femmes, qu’est-ce que c’est? Elles en ont pas eu pendant des années, elles s’en portaient pas plus mal. Il suffit de jeter un oeil à la dernière couv de Valeurs Actuelles pour en être persuadé, l’inquisition féministe est à l’oeuvre! Bientôt, elles voudront les mêmes salaires que les hommes! Méfiez vous!

Donc oui, on le savait que les droits des femmes tout ça, c’était pas foufou, mais de là à les voir reculer?

J’ai peur.

J’ai peur que notre parole, notre bon sens, nos droits soient bientôt un lointain souvenir.
J’ai peur que le manque de réflexion et l’habitude gagnent face à la liberté et au respect.
J’ai peur de ne plus voir les injustices tellement elles font parti de notre quotidien.

J’ai peur parce que malgré les lois, les #, les “prises de conscience”, j’ai toujours une appréhension quand je croise le regard d’un homme en rentrant chez moi le soir.
Je suis en colère quand je réalise que toutes ces attitudes phallocrates et réductrices, je les vois tous les jours, et que souvent, moi non plus je ne dis rien. Pour éviter le conflit, parce que je suis fatiguée, parce que j’ai peur que ça se retourne contre moi, parce que je ne sais plus quoi dire.

Alors que reste -t’il à faire? Comment réagir? Dénoncer, ne rien laisser passer éduquer, encore, toujours? Serrer les fesses à chaque élection, en espérant que les moins pires gagnent et que le recul des libertés ne soit pas trop rapide, ou tout du moins assez insidieux pour qu’on ne le sente pas passer?

Je suis au bord des larmes pour les femmes des générations à venir. Outre le fait qu’elles devront comme leurs congénères masculins se battre pour de l’eau potable, elles auront probablement moins de droits, moins de libertés que ce dont nous bénéficions aujourd’hui.
Je suis effondrée quand je réalise que nous vivons peut-être une apogée des droits des femmes et que nous n’en sommes que là…

Aujourd’hui nous devons nous affirmer. Nous devons résister. Nous devons refuser.

Je refuse de baisser les bras, je refuse de me taire.
Je refuse de laisser les hommes décider sans moi ce que sera ma vie, mon humeur, mon sourire ou ma tenue.
Je refuse d’être infantilisée.
Je refuse de laisser le peu de libertés pour lesquelles tant de femmes se sont battues nous glisser entre les doigts.
Je refuse de regarder la prochaine génération subir parce que nous n’avons pas réagi, juste parce que nous étions un # parmi tant d’autres.

Si il y a un signal d’alarme à déclencher, il me semble que maintenant serait pas mal…

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