Boredom Kingdom

Sobre journée de mai. Ciel couvert. Loin de l’idée du printemps un peu rayonnant qu’on peut se faire au premier abord. Le bruit lancinant de la machine à laver des voisins vient contrarier l’humeur méditative de ce dimanche. Leurs pas, un peu lourds sur le plancher qui s’avère être mon plafond me sortent irrégulièrement de ma mélancolie placide.

Au loin, parfois, une vague sirène s’évertue à retentir. Ailleurs, pas si loin, il y a urgence, ailleurs, tout près quelque chose se passe.

Ici, rien.
Ici, on attend.

Peu à peu, l’ennui s’installe.

Rien n’a vraiment de goût, rien n’a vraiment d’intérêt. Les minutes s’égrènent, inlassablement. Le temps passe, l’heure avance. Cette journée est bientôt terminée. On pourra passer à la suivante. On pourra se donner une vague illusion d’action. Aller travailler, se concentrer sur une tâche. Utiliser les ressources, exister aux yeux des autres.

Mais aujourd’hui, chez moi, personne ne me voit. Personne ne sais que je suis là. Je m’applique à ne pas faire de bruit en marchant pour ne pas gêner mes voisins. Je n’ai pas posté sur Instagram, Facebook ou autres réseaux.

Pourtant, je suis là. Et personne ne se demande vraiment où je suis.
Je pourrais parfaitement être partie. Avoir décidé sur un coup de tête d’aller voir la mer par ce temps gris, sentir l’odeur si particulière de l’Océan Atlantique quand le ciel est morne, sentir la douceur des embruns sur ma peau fatiguée. Me ressourcer au bord de l’eau, avoir de la place autour de moi. Chanter au rythme hypnotisant des vagues qui viennent se briser sur un rocher posé là au hasard. Fermer les yeux et inspirer longuement. Prendre la mesure de l’immensité devant moi et me sentir petite et vulnérable. M’emmitoufler un peu plus dans mon manteau et sourire aux mouettes.
Me sentir libre et vivante.

Je pourrais parfaitement être partie.

Et pourtant, je suis là.
Rien n’a vraiment de goût, rien n’est très intéressant.
La machine à laver est passée en mode essorage.
Bientôt, il y aura les bruits de pas.

Autour de moi, tout s’est arrêté. Le temps est comme suspendu.

On attend.

L’ennui est là, bien installé.

Lovée sur mon canapé, les yeux dans le vague, je le contemple. Je ne suis pas sûre de ce qu’il me veut. Ca fait quelque temps qu’il ne me lâche plus. Il me questionne, il me harcèle il est tapi là, en permanence et s’empare de moi à la moindre occasion. Je n’arrive plus à fuir. Je ne peux plus lutter contre un adversaire aussi fourbe et insidieux.

Il faut l’accueillir, lui faire une place.
Penser à la mer.
Se faire une raison. Il est là, il a toujours été là. Il a toujours fait partie de moi.

Au loin, des oiseaux chantent.

Là bas, le soleil est revenu.
Là bas, quelque chose se passe.

Un commentaire sur “Boredom Kingdom

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  1. La mélancolie dépressive du dimanche seule… C’est celui où on pourrait faire des choses mais on n’y tient pas, à quoi bon… Seule…
    Et pourtant, tant de gens pensent à nous et ne veulent pas nous déranger dans notre solitude…
    La prochaine fois, le prochain dimanche morose, on part à l’océan!

    Aimé par 1 personne

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