Here comes the sun

L’été arrive.

Un peu comme ça, le temps d’un weekend.

Tout à coup, l’air s’est fait plus épais, la chaleur un rien plus torride.
Le printemps a désespérément essayé de s’accrocher aux premiers jours de juin, de garder la mainmise sur sa saison, le diktat sur les éclosions.
Mais l’été, implacable s’installe et prend peu à peu toute la place.

Oubliés les jours pluvieux du mois d’avril, exit les pollens à tous vents. L’odeur de l’air change, irrémédiablement.

Les gens comme libérés du carcan qui s’était bâti tout l’hiver autour de leurs corps malingres dénudent leurs épaules et arborent sourires et sandales, la mine réjouie, le regard sûr.

Les souvenirs des années passées ressurgissent doucement, avec un rien d’amertume.

L’été est là. Indéniablement.

Il est revenu, bien à l’heure. Comme prévu.

Il me pousse sans complaisance à me souvenir. Malgré les mois et les années, malgré le chemin, malgré le tarissement des larmes, il remet tout sur le tapis.

Il me rappelle, vêtu d’habits de fête et de collier à fleurs, que le temps a passé. Que la vie a continué. Malgré ma peine, malgré moi, malgré tout.

Et je me souviens, à mon corps défendant, de qui j’étais alors; de qui j’étais avant.
Je me souviens de l’attente, je me souviens de l’espoir; de mes batailles et de mes guerres. Je me rappelle avoir vécu longtemps dans un brouillard cotonneux avant que la vérité ne revienne frapper à ma porte, et rallumer la lumière sur des pièces que j’avais longtemps laissées inconsciemment dans l’obscurité.

Alors je me souviens de la peur et de l’incompréhension.
Je me souviens de son regard un peu fou. De sa colère et de sa tristesse aussi, qu’il semblait porter sur son visage comme un masque issu d’une tragédie grecque.
Je me souviens d’avoir dit non. L’avoir répété.
Je me souviens avoir arrêté de lutter quand j’ai compris que ça l’excitait encore plus. Je me souviens m’être résignée.
A nouveau l’attente, puis la solitude.

Je ne me rappelle plus des larmes. Juste de l’incrédulité des amies autour. Juste de toutes ces personnes qui semblaient me dire que je l’avais cherché. Comme si ça n’était rien. Comme si ça n’avait pas eu lieu.
J’ai fini par les croire. J’ai effacé de mon esprit cet évènement. Pendant plus de 10 ans, j’ai éteint la lumière sur cette partie honteuse de ma vie.

Aujourd’hui seulement, je me souviens avoir été libre avant lui. Avoir été sûre de mon droit à vivre pleinement mes 20 ans.

L’été est arrivé, et je me souviens de la personne que j’étais. L’odeur du bitume chauffé par un soleil de plomb me rappelle ma liberté d’antan. Je touche à tâtons une certaine forme de nonchalance bienveillante que je m’étais rarement connue.

Tendrement, j’ose envoyer un peu d’amour en arrière, dans ce passé étrange, resté dans le noir de si longues années. J’esquisse un timide sourire à la jeune femme forte et futile d’alors. Je lui envoie mes larmes aussi, celles qu’elle n’a certainement pas réussi à verser pour elle même quand il aurait fallu.  

L’été est revenu.

Il nous empare de sa chaleur et emplit nos coeurs d’une promesse de vie qui s’éveille à nouveau.

L’été est là. Il commence à peine, et déjà, il m’a libérée du passé.

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