Drizzly dreams

Il aurait pu faire beau.

Le percolateur chauffe.
Assise sur le bord de ma fenêtre, je contemple les jardins en contrebas, à peines brouillés par la bruine qui les noie délicatement. Comme une caresse humide, un baiser à peine appuyé.

Il aurait pu faire beau.

J’active machinalement le bouton ON et guette le vrombissement caractéristique de la pompe à eau.

Je ne sais pas vraiment quand ça a commencé. C’est comme si quelque chose s’était résigné. Comme si j’avais mis de côté la douleur de l’attente pour accepter le compromis du vide.

Je récupère ma tasse fumante, et, magazine à la main me dirige à pas feutrés vers le canapé. Je m’y pelotonne, bousculant au passage le chat qui me regarde d’un oeil torve avant de commencer minutieusement une toilette superflue.

J’ouvre le magazine, mais je persiste à regarder la fenêtre. Cette bruine m’obsède. Si il faisait chaud, j’irais marcher dehors, sentir la fraîcheur de son baiser, laisser mes cheveux friser à son contact, mon mascara couler légèrement.
Mais il fait froid.

Je ne suis pas d’accord. Je ne suis pas comblée. Je ne suis pas triste. Je suis juste là.

Je n’envisage plus réellement de fin heureuse ou de dénouement héroïque. Je me contente juste d’être là.

J’aimerais être ailleurs, faire mieux, différemment. Des fois, j’aimerais revenir en arrière, ne jamais prendre conscience, ne jamais savoir. Rester fermée au reste du monde, continuer avec l’illusion de bonheur que j’avais créé. Continuer à donner aux autres ce que j’imagine qu’ils veulent de moi.

Mais il fait froid.
J’ai ouvert une porte en grand. Les gonds se sont brisés et le monde s’y engouffre comme une tornade lucide qui balaie l’entièreté de mon simulacre de vie sur son passage.

Cette porte ne se refermera pas.

Je tourne mécaniquement une page que je n’ai pas vraiment lue. Mon café refroidit. Je pose une main qui se veut rassurante sur le chat qui fuit dans un miaulement agacé.

Comment vivre au sein d’une tempête permanente? Comment rester debout, sans relâche tout en voyant le monde tel qu’il est sans pouvoir rien y changer.

La conscience de mon impuissance me submerge beaucoup trop régulièrement.

La vacuité de mon quotidien m’affole. Comment sortir de cet immobilisme frustrant? Comment abreuver cette soif d’absolu qui tient mon cerveau éveillé quand mon corps est au bord de l’épuisement?

Trouver des parades? Se contenter de ce qu’on a ? Accepter, ne serait-ce que pour un temps que pour le moment, ce sera le néant. Pour le moment, ce sera gris, en demie-teinte. Jamais entier, jamais intense.

Le café est froid. La bruine s’est arrêtée. Dans les jardins en contrebas, les arbres semblent plus lourds, plus graves. Au dessus, dans le ciel, les nuages restent compacts et menaçants. Le chat s’est réfugié dans le fauteuil en face de moi, loin de mes mains câlines.

Je me lève, et remet le percolateur à chauffer.

Il aurait pu faire beau.

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