The sisterhood project

J’en arrive à me poser des questions un peu rhétoriques sur la capacité des gens à réfléchir. 

J’étais pas mal ancrée dans une réalité nouvelle et positive ces derniers temps. Faisant preuve (avec effroi hein!) de bienveillance et de compréhension. Et puis, là, je sais pas pourquoi, d’un coup d’un seul, je me sens fatiguée…

La nausée me prend par vagues, brèves mais intenses. Je lis ces publications, ces témoignages sur les réseaux, comme souvent. 

Je me rends compte, qu’une fois de plus, une manifestation festive nationale a donné aux bas instincts la place de devenir acceptables. Pas vraiment surprise, un reste vague d’indignation soulève quelques convaincu-e-s. Quelques “Grrr” 2 ou 3 likes… Voilà, c’est devenu normal. 

On y est. 

Je lis qu’apparemment, le corps d’une femme n’a toujours pas droit au respect, que des gens sentent utile de juger, interpeller, agresser, harceler une personne dans la rue sous prétexte que sa jupe tombe au dessus d’un genoux ou que sa bouche est trop rouge. 

Ca y est, l’indifférence.

J’observe avec un émerveillement dégoûté ces comportements ancrés, quotidiens, communément acceptés, pratiqués par des hommes qui n’ont très probablement jamais pu connaître le bonheur d’avoir une relation sexuelle consentie avec une personne qu’ils respectent.
Non, leur main ne compte pas. 

Parce que en fait, je ne vois pas d’autre explication. Promis, j’essaie très fort de me mettre dans la tête d’un de ces décérébrés.
Je n’arrive pourtant pas à mettre d’autres mots sur des pathologies d’une telle violence. 

L’effet de groupe? 

L’envie de prouver… euh, quoi au juste? Qu’ils sont capables d’insulter une femme seule qui marche dans la rue? De faire peur à un couple queer qui se balade un vendredi soir sans avoir rien demandé à personne? De tabasser et d’humilier des personnes qui n’ont fait que vivre leur individualité, sans violence, sans haine? Que grâce à ça ils ont prouvé que leur sexe était le plus gros? Mais qu’on leur offre des doubles décimètres à ces gens, ça ira plus vite! 

Je cherche profondément à comprendre quels mécanismes sont en marche dans la tête des harceleurs qui trouvent judicieux de poser sans délicatesse leur main sur les fesses d’une inconnue qui passe. 

J’aimerais qu’on m’explique. 

Qu’est-ce que ça leur apporte au juste? Ont-ils l’impression étrange de faire un compliment? Peut-être qu’à ce moment là, les frotteurs et autres frustrés croient réellement que la nana pourrait se retourner et leur rouler une pelle! Peut-être ont-ils l’impression folle de sauver ces femmes d’une misère sexuelle évidente, de les libérer… 

Bon, ok j’arrête… Vous le voyez le pouvoir de la bienveillance là? 

A quelle seconde, dans le petit pois qui remplace leur lobe frontal naît l’idée absurde que humilier, harceler ou agresser quelqu’un est “cool” ou rigolo?
“Hé les mecs, venez! Ce soir on va se poster à un coin de rue et faire des commentaires abjects sur toutes les meufs qui passent! “
“Ouais, vas-y! Trop bien! Je dirai à ma soeur de venir avec ses copines!”

A quel moment les victimes ont arrêté d’avoir de l’importance? L’humiliation, la douleur, la peur, la colère… Rien de tout ça n’est “ok”. Rien de tout ça n’est “pas grave”. 

Mais tout ça, on le sait déjà…
Les femmes parlent enfin, et elles sont de plus en plus nombreuses.

Il y a eu le #metoo, le “balance ton porc”, les milliers de témoignages, les célébrités engagées, etc… J’y ai cru… L’espoir est né en moi… Une fraction de seconde, avant de mourir comme une mouette mazoutée sur les côtes bretonnes.

J’ai espéré que dans le même temps, qu’une prise de conscience aurait lieu, un changement dans les comportements, une épiphanie collective… Que les types se diraient “Tiens, mais pourquoi je fais ça moi?” tous au même moment et se mettraient à genoux en s’excusant auprès de toutes les femmes qui ont un jour eu affaire à quelqu’un dans leur genre… Soit quasiment toutes les femmes en somme… 

Mais non, les comportements agressifs se multiplient de manière exponentielle. Une sorte de haine des femmes, latente, sourde, se révèle sur un fond rétrograde et borné. Une détestation pour leur indépendance, pour leur pouvoir. 

On en revient à la douce et romantique époque des chasses aux sorcières (merci Charmed) quand Valeurs Actuelles brandit sa une “anti inquisition féministe”. 

Les femmes manipulent, les femmes sont fourbes… Elles mettent des idées dans le cerveau des hommes… Des idées mauvaises… 
Les ignobles féministes risqueraient de prendre le pouvoir et de révéler au monde la vérité sur l’utilité de l’homme en règle générale.
Finalement, on les titille assez pour qu’ils commencent à flipper… 

Todd, sauve moi de ce tourbillon de haine que la société développe en moi… Laisse moi retourner à cet état de néo-licorne bisounours qui ravissait mon coeur il y a quelques jours à peine… 

Hier, toujours sur les réseaux, j’ai lu un post d’Anaïs… Elle aussi elle est fatiguée, elle aussi elle a la nausée à la lecture des horreurs que tous ces connards font subir aux femmes. Alors peut-être qu’il serait temps qu’on prenne toutes un peu la relève, nan? Qu’on raconte , qu’on détaille, qu’on décrive, tous les jours les phrases qu’on entend, les commentaires déplacés, les blagues machistes, racistes, phallocentrées, les agressions, les viols, les meurtres… 

Peut-être qu’il est temps d’apprendre à parler avec notre propre voix… Ne laisser personne sur le côté, être prêtes à réagir, à intervenir, à l’ouvrir si besoin. Parce qu’il y a besoin. Encore maintenant.

Peut-être que parler ne suffit plus, peut-être que ce n’est plus assez, peut être qu’il va falloir se mettre à hurler pour qu’on entende ce que ça fait de se poser la question tous les jours de ce qu’il est acceptable de porter dans la rue afin de caresser l’espoir qu’on nous foute la paix. 
Ce que ça fait d’être rabaissé-e, humilié-e, insulté-e pour la simple et mauvaise raison qu’on est femme, queer, gay, trans, ou peut-être juste différent. 

Ca y est, les envies de bûcher me reprennent… et bah bravo…
#bienveillance 

Peut-être qu’on peut trouver de nouvelles façons de lutter, en éduquant, en ne laissant jamais tomber, en ne disant jamais que c’est pas grave.
Ca nous arrive à toutes. Ca arrive parfois plusieurs fois par jour, ce genre de jour où l’on rentre chez soi en se sentant sale et on se promet de ne plus jamais porter cette tenue dans laquelle on se sentait belle quelques heures avant. 
Nous avons toutes déjà baissé les yeux en passant devant un groupe de mecs avec l’espoir que notre short ne soit pas trop court et que nous échapperons aux réflexions.
J’ai envie de ne plus me poser ce genre de questions. J’ai envie de pouvoir me maquiller, porter des talons et des minijupes si cela me chante. J’ai envie d’avoir le choix de me faire draguer plutôt qu’une bande de frustrés m’impose son avis sur mon physique.
J’ai envie très fort d’une sororité… Une qui ne laisse plus rien passer.
#teambagarre

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