Wait and see

Attendre, s’étendre, ne pas trop se disperser. 

La chaleur accablante épaissit l’air. 
Dense, lourd. Comme solide. Bouger c’est fendre cette torpeur impénétrable et s’engouffrer dans un enfer étouffant et humide. 

Il y a une sorte d’urgence tout autour. Une aura impatiente qui trépigne en geignant. 

Il faut que quelque chose se passe. 

Que l’orage arrive, salvateur.

Il faut quelque chose de neuf, de fou. Quelque chose de simple et grandiose. 

Impatience. 

N’importe quelle diversion fera l’affaire en attendant. N’importe quoi, mais pas l’ennui. Pas cette torpeur insupportable qui s’engouffre dans mon coeur sec et le laisse navré. 

Encore, toujours. 

Pas cette frustration permanente qui le gonfle d’impatience et le laisse là, suintant de rêves et de possibles, lointains et inatteignables. Permanents rappels d’une réalité fantasmée bien plus alléchante que mes tristes certitudes. 

Un bref courant d’air, et déjà, une chape de plomb retombe sur mon corps presque suffocant. 

Lassitude. 

Attendre, encore, toujours. 

Ne pas laisser à mon cerveau récalcitrant la place de divaguer.
Pas trop vite, pas trop loin. 
Pas trop loin ou la résolution sera de toute façon déception. Pas trop fort, rien ne sera jamais aussi intense dans cette réalité. Rien ne vaudra plus la peine d’être attendu. 

Et pourtant. 

Pourtant, j’attends, avide de ressentir et de vivre. Bouillonnant à l’idée de sentir la violente douceur du dénouement, l’exaltation de l’arrivée. 

Quoi au juste? De la joie, de la peine, un orgasme ou Godot, peu importe vraiment. Toute cette attente amène à ce moment. 

Encore, toujours.

On attend. Tous. 
Et plus on attend, plus on a peur. 
Ca n’arrivera pas.   

L’orage ne vient pas. Il ne pleuvra pas ce soir, pas demain. Sûrement jamais. 

Être là, observer, guetter le moindre signe a tué les possibles. La surprise n’a plus de place, l’imprévu est attendu. Rien ne se passera alors. Plus rien… 

Pourtant. 

L’attente, un brin irréelle, est toujours là. Souvent en toile de fond, parfois, tout devant. Elle prend toute la place, fait monter dans ma gorge une angoisse, comme un noeud délicatement serré par les Moires; soeurs circonspectes. 

Revient alors le temps du doute, celui du recul.
Pourquoi attendre encore, toujours?
Ah, oui… Pour que quelque chose se passe. 

Pour ce que ça change. Ca continue à déborder malgré tout. Trop plein de verbes et d’espoirs, de lueurs et de rêves. je ne peux pas m’empêcher d’attendre cette eau qui ne viendra pas, qui ne viendra sûrement plus. 

Le noeud s’est défait, il n’y a plus d’enjeux.
Plus maintenant.
On aura chaud alors, le coeur rempli d’ennui et d’envies, les mains moites, les bras ballants. Oublier, petit à petit. Continuer, et oublier ce que j’attendais. Oublier que j’ai annihilé les chances de me repaître de ce soulagement là. Oublier que j’ai attendu déjà, si souvent, encore, toujours. 

Continuer, comme si de rien était. Comme si ce moment intense, cet insupportable supplice ne m’avait qu’effleurée. Comme si je n’en portais pas la trace, là, enfouie, quelque part au fond. Comme une blessure honteuse, un aveu avilissant de dépendance à une puissance étrangère à mon être. Confession dégradante d’une faiblesse que j’avais cru dompter.
Sans attente, pas de déception. 

Pourtant.

Sans attente, pas de rêves. Pas de divagations. Pas d’espoir improbables et de plans chimériques. Pas de folie, pas d’envie… Sans impatience, pas de folles épopées à la recherche de mon mirage, pas d’aventure, pas de longues tergiversations sur le sens de l’existence. 

Sans attente, à quoi bon? 

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