Deferring numbness

Une sorte de torpeur languissante s’empare régulièrement de moi, me forçant à prendre les choses un peu différemment. Juste un peu plus lentement, peut-être un rien naïvement.  Je revois amusée la personne que j’ai été, j’imagine celle que j’aurais pu être. J’essaie tant bien que mal de m’apercevoir aujourd’hui. Je me parais bien plus loin que je ne l’aurais imaginé.
Cachée derrière de solides murailles, j’évalue la distance, la crainte dissimulée derrière un masque de confiance crasse. 

L’attente langoureuse a lentement laissé place à une sorte de routine étrange, ou mon corps me porte tandis que mon cerveau essaie désespérément de se fixer sur un point, une envie, un besoin. 

Aucune certitude ne me gouverne. Aucun désir n’est maître. Aucune envie de m’habite plus. Etrange sensation de vide. 

Quoi qu’il arrive, quel que soit le sujet, retenir les chevaux, arrêter l’emballement, faire en sorte que les mots ne me dépassent pas; avec la fougue, la verve, le besoin de reconnaissance, la peur. Rien. Laisser le moment être, juste là. 

Stop, maintenant. 

Arrêter de respirer quelques secondes, juste pour écouter autour, pour reprendre ses esprits. Le son de mon souffle, la sensation de l’air qui entre dans mes narines. Inspire. 

Chut, plus rien. Le vide enfin. 

Plus rien ne vient se bousculer à ma porte. Plus rien ne presse. Silence.

La nature éphémère de cette seconde que je souhaite éternité me frappe soudain. 

Là. 

Et puis c’est fini. 

La déferlante. 

Les émotions, le noeud au ventre qui remonte dans la gorge. Le sourire qui reste vague, entouré de toute cette floppée de souvenirs tristes et beaux. Ma vie est un film. 

Un plan rapproché où, les yeux perdus, une musique cheesy dans un coin, les flashbacks se succèdent en fondus… Beaux moments, sombres souvenirs… Tristes passages où l’on doit laisser les gens derrière; où l’on doit accepter qu’on ne peut plus rien. Un temps où il faut laisser l’amour mourir, et avec lui une partie de la personne que l’on croyait être. 

Comment rester soi, profondément, intrinsèquement. Rester fidèle à des valeurs, des choix? Se reconnaître? Accepter ses faiblesses, ses avis, ses humeurs, changeant-e-s, vivant-e-s…

Stop. J’étouffe.

Tôt ou tard, on apprend à ne plus nourrir d’espoir, à ne plus rien attendre, à ne même plus arriver à trouver la ressource pour avoir en soi de la colère, ou de la déception… Notre cerveau se protège, doucement, l’instinct de survie se réveille… Lentement. Les barrières s’érigent, une à une. Le moindre tressaillement les fait se hérisser de barbelés.

Accepter. 

J’ai retrouvé d’où venait en moi cette envie de dépendance. J’ai compris où était né cet étrange besoin de l’autre pour me sentir moi. J’ai finalement mis le doigt sur ce que j’ai cherché une bonne partie de ma (courte) vie. 

Respire.

J’ai entendu, analysé, extrait et décortiqué. 

J’ai vécu si longtemps avec ce sentiment étrange de ne pas faire suffisamment, de ne pas être suffisamment. Un vide incommensurable a été mon compagnon d’infortune pendant des années. Rien n’était assez intense, assez grand, assez beau, assez neuf, assez fou. Rien ne pouvait contenir tout cet amour que j’avais à donner. Rien ne pouvait remplir ce vide, consoler cette peine, remplacer cette absence. 

Rien ne l’a jamais fait. Rien ne le fera jamais. 

J’ai entendu. 

Arrêter d’attendre de qui que ce soit ce que moi seule peut m’apporter. Arrêter d’attendre de quelqu’un.

J’apprend, chaque jour, avec chaque espoir rabroué, chaque menue déception, à réduire mon vide, pas à le combler.
J’apprend à lui refuser une place dans ma vie, à le laisser dériver. 

Ne rien attendre, c’est ne pas être déçue.
Alors des autres, je n’attend plus rien. 

Voilà.

De moi par contre, j’espère tout. Je suis ma seule source de bonheur possible, je suis mon propre chevalier princesse, et je n’ai pas besoin d’être sauvée. Juste comprise. 

La déferlante, à nouveau. 

Enfin, se savoir entière. Se confronter à une altérité, toujours. Se questionner, se remettre en question. Revoir ses choix, revoir ses opinions. Se laisser convaincre, se laisser faire. 

Lâcher prise? Vraiment? on va y revenir. 

Tout en haut des murailles, les snipers s’installent. 

Il y a tout au fond, toujours bien ancrée, une peur sourde, celle du mur, celle du rejet. Celle là ne meurt pas. Pas encore, pas tout de suite. Trop tôt. 

Malgré toutes les prises de conscience, malgré toutes les valeurs, les retrouvailles tant attendues avec soi… La peur de lâcher, la peur d’être piétinée, encore, pour avoir fait l’erreur d’être complètement là, demeure, ténue mais intacte. 

Torpeur… 

Déception? Plus vraiment. Plus maintenant. 

Je n’ai plus de place pour ça.

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