Eve messed it all up

Voilà, ça y est. L’été prend fin.

Il était temps, Todd commençait à manquer d’imagination concernant la planque des allumettes et des bidons d’essence.

C’est toujours un peu étrange ce moment. La chaleur est sur le départ, elle hésite un peu… D’ici quelques jours, les rues vont à nouveau se remplir de voitures ¼ pleines de gens bronzés et encore béatiquement bienheureux de leurs deux semaines dans le mobil home d’un camping trop bruyant qui leur a coûté un mois et demi de salaire, mis de côté religieusement pendant 11 mois.

Je n’aime pas trop la fin de l’été. On espère toujours une dernière vague de chaleur, comme un clin d’œil à la nostalgie qu’on ressentira jusqu’au mois de mai, se débattant tant bien que mal dans un hiver entouré de mi-saisons insidieuses et fourbes. J’en ai déjà parlé, je ne reviendrai pas trop là-dessus, mais le concept de demie chaleur ou de demi froid… C’est tout de même un peu chiant, nan?

La clôture de la saison estivale marque le moment attendu autant que redouté de la rentrée. Terminés les animateurs radios en intérim, copies fadasses des originaux plus ou moins compétents, stars de l’année scolaire. Fini de se la couler douce maintenant ! Les écoles vont ouvrir, la vie peut reprendre. Ô le joli temps des cartables vissés sur les épaules de nos glorieux bambins, avenir de notre fière nation, en rang deux par deux dans une cour d’école désuète jonchée de feuilles mortes. Et si vous n’avez pas retenu votre souffle depuis le 1er août le quotidien a dû tourner au ralenti pour vous aussi.

C’est drôle quand même ce sentiment que quelque chose est en train de mourir. Je veux dire quelque chose d’autre que des victimes de la canicule. 

Quand j’ai décidé de prendre mes bloglidays, le 24 juillet dernier, nous en étions à 78. Soixante dix-huit femmes étaient alors mortes assassinées par leur conjoint ou leur ex conjoint. Au moment ou j’écris ces lignes, un mois plus tard, le 21 août, nous en sommes à 94. Quatre-vingt quatorze féminicides depuis le 1er Janvier 2019. Je vous laisse faire le compte. Un peu plus d’un féminicide tous les deux jours ce mois d’août en France.

Influenceur-se-s se mobilisent et sur mon fil insta, défilent les minutes de silence outrées. Pendant ce temps, notre gouvernement charge une copine de Cyril Hanouna d’organiser… un Grenelle des violences conjugales. Parce que apparemment, on est dans le « temps de la discussion », surtout avec des femmes comme Elisabeth Lévy et sa “liberté d’importuner” (Todd Help Me). Enfin, de toute façon, on va pas parler des violences faites à TOUTES les femmes, au quotidien, tout ça hein, seulement des violences conjugales alors… Bon, c’est prévu pour le 3 septembre. J’ai cherché le programme en ligne, un site, quelque chose… Rien. 

Je pourrai me réjouir à l’idée qu’on planche tous ensemble sur le plan com de Marlène Schiappa, mais peut-être que ce serait intéressant de prendre des mesures un peu plus concrètes maintenant. Peut-être en amont… Peut-être se poser la question des mentalités? Du regard que l’on porte les un-e-s sur les autres? Et si ça commençait depuis qu’on est tout-e-s petit-e-s? Si par un hasard étrange, on élevait les enfants dans ce dogme patriarcal sans même le réaliser consciemment? Ca vous dirait de se mettre à faire grandir les gamins dans autre chose que la haine ou la peur des femmes sinon ? Je propose hein, je force personne, mais je pense qu’on aurait déjà un peu moins de souci.

Si on prend le temps d’écouter la rumeur autour de nous, les choses ne vont pas vraiment dans le bon sens… Le #metoo est moqué, ramené à des minauderies de prudes, les victimes de viols se voient dans l’obligation de se servir des réseaux sociaux pour être entendues. La lecture des commentaires éveille en général chez moi un sentiment entre la nausée et la colère sourde, mettant au défi mes bonnes résolutions pacifistes. 

Alors, est-ce dans “l’air du temps” de médiatiser un viol, des violences, du harcèlement, des comportements déplacés? Est-ce un vulgaire déballage? Est-ce que recenser les actes malveillants des hommes autour de nous revient à crier “au loup” à la moindre occasion? Le but à la base était selon moi de faire prendre conscience au plus grand nombre de ce qui était acceptable et de ce qui ne l’était pas, de libérer la parole, de permettre à toutes les femmes de reprendre possession de leur corps, d’embrasser une liberté nouvelle, de se donner le droit de dire non. 

Est-ce qu’on peut voir un rapport entre cette libération des esprits, aussi ténue soit-elle, et l’augmentation des féminicides? Je ne sais pas. Est-ce que l’acquisition des libertés féminines menace de rendre les hommes obsolètes? Je ne pense pas. Ce que je sais, c’est ce que je ressens, ce que je vois tous les jours: La haine des femmes a rarement été aussi féroce. Les moeurs ont un peu changé depuis les chasses aux sorcières, mais la femme libre gêne toujours aux entournures, elle est loin de faire l’unanimité, même parmi ses pairs. Je sais aussi que quand les humains sont un peu trop véhéments sur des sujets, c’est souvent qu’ils ont peur, et ce qui leur fait peur, ils le rejettent. Ils le stigmatisent, ils le diabolisent… (On reviendra pas aujourd’hui sur le temps béni des colonies, mais bon, vous voyez le tableau…) 

Alors soyons, allègrement, de diaboliques féministes. Dénonçons sans trêve les inégalités. Eduquons partout, tout le temps, au café, au travail, dans la rue, dans son couple, en soirée,  en famille. Laissons leur une chance de rédemption avant de sortir les jerricans. Ils ne pourront pas dire qu’on avait pas prévenu.

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