If you really ask me…

Plus jeunes, nos parents nous montraient la voie. Ils voyaient loin, pensaient grand, quand notre principal souci était de ne pas perdre notre doudou.
Nous avions une confiance absolue en leurs jugements, avis, etc.
Bien heureusement, à l’adolescence, arrive le moment ou l’on construit sa pensée, indépendamment de ses géniteurs, dans une recherche éperdue de nouveau mentors. Ce moment marque assez régulièrement une période plus ou moins longue de conflits sur des sujets aussi variés que les préférences sexuelles, la politique ou l’envie irrépressible de se faire tatouer la fesse gauche… 

Récemment, mon père, résident depuis 27 ans dans un pays où les caribous sont légions et les hivers longs et polaires, a tenu à me donner son avis sur la politique des retraites. Tout en axant sa réflexion sur son cas d’expatrié, il remet en cause dans un article, posté sur le blog d’un hebdo français, le système de retraite par répartition (en opposition avec la capitalisation individuelle). Gros sujet de la rentrée pour le gouvernement. 

Après que j’ai confirmé ma lecture de l’article en question, il m’a renvoyé un mail, appuyant son propos, déplorant ma non adhésion à son « libellé », citant certains des commentaires des internautes.

A défaut de m’offrir un nouveau tatouage controversé, j’ai rédigé ce texte.

Hello,

 Je n’ai pas émis d’avis. Ni sur le titre, ni sur le fond.

Cela fait déjà quelque temps que j’ai conscience que le mot « retraite » résonne comme une douce utopie pour ma génération. 

Il est vrai que nous commençons à travailler plus tard que vous, pour des salaires bien moins indexés sur le coût réel de la vie en France. 

J’entends l’injustice d’une taxation annuelle supérieure à la retraite mensuelle gagnée. Toutefois, Je ne crois pas en un quelconque « sacro saint » français.

Je pense qu’on se plante. Depuis pas mal d’années déjà, et qu’il faut réinventer nos façons de penser, de consommer, de vivre, au quotidien.

Peut-être alors suis-je encore dans une utopie, mais j’ai l’intime conviction que ma génération verra la fin de la Ve république et l’aube d’un système nouveau, pas encore pensé, pas encore inventé.

Je travaille tous les jours pour revoir mes manières de vivre, de manger, de jeter mes déchets, éduquer les gens autour de moi, apprendre de nouvelles façon de voir. Je me lève chaque matin avec la conviction que ce système hors d’âge est sur sa fin.
Il s’effrite.
Ici, les urgentistes sont en grève depuis des mois.  Un peu partout sur le territoire, les flics tuent des gens. Par manque de professionnalisme, par bêtise, par haine… Notre quotidien est incertain, inquiétant…

Nos enfants se battront potentiellement pour un litre d’eau potable d’ici 30 ans…

En réalité, mes inquiétudes sont bien différentes de celles que tu me prêtes. Je comprend et respecte ton intervention sur le blog de ***. 

Je n’ai juste pas réellement réfléchi à ce sujet.

Les commentaires de tes lecteurs sur les habitudes de “ces générations gavées à la bouffe formatée et saupoudrée de pesticides” et leur espérance de vie me paraissent hors de propos, hors du réel. Analyser un système dépendant d’une politique et de marchés instables et moribonds qui ont déjà prouvés leurs failles lors de la dernière crise boursière me paraît un peu délirant et hors du temps. Ils pourraient être assimilés aux commentaires d’une classe aisée et jugeante qui n’a finalement pas su élever sa progéniture avec les bons fondamentaux.

Le monde change. Ca n’est pas moi qui le dit, c’est toute la génération à venir. C’est les mômes de 15 ans dans les rues qui s’inquiètent de leur survie.

Alors, oui. Au vu de l’évolution démographique, le système français de retraite par répartition est aberrant. On le sait depuis plus de 15 ans. Moins d’actifs signifie payer plus pour que les babyboomers en fin de carrière puissent passer leurs vieux jours sereinement. On me l’apprenait déjà au collège. Si toi et moi le savons, tu peux être sûr que les gens qui nous gouvernent le savent aussi.

Ce dont nous sommes sûrs maintenant, c’est que de notre bien être, ils n’en ont rien à faire. Ils nous laissent râler pour laisser la pression redescendre.
Mais souviens toi Papa, « la démocratie ne se fera pas dans la rue ».
Ils ne se cachent même plus de leur intentions funestes. Ils ne prennent plus la peine de mentir. Ils donnent des ordres mortifères et sacrifient leurs propres électeurs (comme si voter avait encore une valeur).

Nous sommes des pions dans un jeu d’échec entre lobbies et intérêts personnels. La communication est reine d’une société de surinformation et de  surconsommation.

Les gens sont lobotomisés par l’opium du peuple et les chaînes d’info en continu.

Les femmes sont sous payées, harcelées, montrées du doigt, stigmatisées, même au sein des milieux militants. Ne pas être née homme cisgenre en ce monde est un handicap en soi. Être « non blanche » (je refuse le terme « racisée » à la mode ces derniers temps) en est un second. Ma vie est une lutte quotidienne, et je ne fais pourtant pas partie des personnes défavorisées ou à  plaindre dans la France d’aujourd’hui. J’ai un toit, un travail, j’ai pu bénéficier d’une éducation correcte et ai fait des études supérieures, je mange à ma faim, n’ai pas froid l’hiver.

Alors, bon. J’entend ton propos. Je me répète peut-être, mais je n’ai pas pris le temps d’y penser dernièrement.

Bises,

Clem

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :