My baby just cares for me

Il y a des moments où tout ça lui semble être arrivé à quelqu’un d’autre. Comme si elle avait été un témoin, silencieux et un peu honteux. Peut-être même une complice. 

Souvent, comme beaucoup de victimes, elle se pose encore la question de sa responsabilité. 

Après tout, elle a fini par se laisser faire. 
Après tout, elle a fini par dire oui. 
Aujourd’hui les souvenirs sont intacts. 

C’était il y a des années.
C’était hier. 

Cette scène elle l’a vécue des dizaines de fois, comptant les interminables minutes qui la séparait de sa libération. Quand elle y pense, une sorte de nausée latente la saisit. Comme un dégoût étrange d’avoir pu imposer ça à son corps, à son esprit.
Un rejet total. 

Elle se rappelle du son de la canette de trop qu’il ouvre, un peu tard, et de l’empressement qu’elle met alors à aller se coucher. 

Elle se souvient de la honte qu’elle ressent à l’idée de ne pas ressentir de désir pour cet homme qui est “sien”.

Ce soir là, encore, il est ivre. Il ne supporte plus son manque de désir. Il ne PEUT pas respecter son intimité. Il est comme possédé, habité par une colère sourde, dévorante. 

Il vient, toutes les cinq minutes dans la chambre, ou elle est terrée sous les couvertures, redoutant son passage. Il rallume chaque fois la lumière, l’insultant, la traitant d’égoïste, et criant “Et moi, je fais quoi? Je me la tape contre la lavabo? Ouais, c’est ça, planque toi sous tes couvertures…”

Il avait déjà passé la soirée à l’insulter et à la rabaisser devant leurs amis dont elle avait arrêté d’un regard les interventions “Non, ne dîtes rien, ce serait pire”.

Après plusieurs longues minutes de cris et d’insultes, elle se rappelle parfaitement s’être mise laborieusement à 4 pattes au bord du lit, pour la énième fois en évitant soigneusement son regard, les dents serrées. Ses tibias à moitié dans le vide pour que la position soit plus confortable pour lui. Pour que ça dure moins longtemps.

La première sensation, celle qui marque le plus sa mémoire, c’est la douleur, à chaque coup de rein. Elle sort à peine de deux années d’enfer gynécologique, à lutter contre une endométriose agressive, et chaque compression de son vagin dans cette position la fait souffrir le martyr. Elle a envie de pleurer. Elle retient ses larmes. Si elle craque, il risque de s’énerver, et ce sera encore plus long. Il faut qu’il reste calme, il faut qu’il termine vite. C’est la condition pour pouvoir dormir enfin. 

Ca a duré des mois. En moyenne une fois par semaine. Il arrivait au bout de sa résistance aux cris, au manque de sommeil, au dégoût qu’il lui inspirait. Alors, elle se mettait à quatre pattes et elle attendait en serrant les dents. Sans un son, sans un encouragement. En retenant la boule de larmes sur le point de jaillir de sa gorge. Dans ses moments, elle rêvait d’avoir la force de se retourner, de lui faire ravaler ses “tu demandais que ça hein?” à coups de genoux dans l’entrejambe. 

Elle rêvait qu’il arrêtait. Qu’il redevenait la personne qu’elle avait connue au début de leur relation. Elle rêvait de le voir à nouveau comme une personne qu’elle aurait pu aimer. 

Mais peut-être que ça avait toujours été là. Peut-être qu’elle refusait juste de le voir. Peut-être qu’elle avait provoqué ce déchaînement de violence à son égard. Peut-être qu’elle était responsable. 

Il terminait son affaire, calmé pour un temps, et la laissait enfin dormir les quelques heures qu’il restait de nuit. 

Ca fait plus de 5 ans, et aujourd’hui encore, il y a des moment ou elle se dit que c’est de sa faute. Qu’elle cédait.
Elle se dit qu’au fond, elle a choisi, elle aurait dû avoir la force de le quitter plus tôt. Elle s’en veut.
Elle est en colère régulièrement contre elle -même de s’être imposé cette violence. De s’être punie si longtemps d’un crime dont elle n’a été que la victime. 

Elle le croise régulièrement, et il la considère comme une de ses plus belles relations. 

Il n’a pas conscience de ce qu’il lui a fait subir. Il espère lui avoir laissé un bon souvenir. Il dit qu’elle lui a beaucoup appris, qu’il a de l’estime et du respect pour elle.
Il n’a pas compris quand elle est partie. Il pensait qu’ils vivraient leur vie ensemble, préparaient un avenir grandiose. 

Quand il la regarde, elle se sent salie par ses yeux lubriques et larmoyants. 

Elle ne ressent plus rien que du mépris pour ce qu’il est, pour tout ce qu’il a été dans sa vie. Elle voudrait pouvoir effacer sa présence de tout ce qui l’a construite. 

Lui aussi lui a appris beaucoup. Il lui a appris à se méfier de l’eau qui dort, à ne faire confiance à rien ni personne, à douter en permanence de la bienveillance qui est supposée accompagner le sentiment amoureux.
Elle a apprit à faire semblant de dormir quand il rentrait bourré, à baisser les yeux quand il l’insultait, à ne pas pleurer quand elle en avait envie. 

Malgré lui, malgré sa haine, il lui a rappelée qu’elle était forte. Qu’elle était une survivante. 

Tout ce qu’il ne sera jamais. 

C’était il y a des années.

C’était hier.

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