Later Days

Autour, tout s’active et se presse dans un ballet de mocassins et de talons aiguilles. La musique des sonneries de portables et des discussions d’oreillettes se mêle au bruit constant de la circulation. 

Envahie. 

La tête emplie de ces sons, intrusifs et incessants, elle porte un café fumant à ses lèvres. Sentir l’odeur rassurante de l’amertume la fait doucement sourire. 

Il fait encore beau en cette fin septembre. Assez beau pour susciter l’envie de se lever plus tôt, profiter d’une terrasse et regarder la ville s’éveiller.
Matin bucolique accompagné de la fraîcheur humide du début de l’automne. 

Elle repose la tasse et étend ses jambes. Lunettes de soleil vissées sur le nez, elle repense à ces derniers jours, à tout ce qui est passé dans ses tripes depuis qu’elle a parlé, à toute la violence qui s’est réveillée en elle. 

Dans le troquet, la porcelaine claque, le percolateur vrombit. 

Il y a tout ce qu’ils ont fait à son corps, tout ce qu’elle ne sait plus comment pleurer.
Tout ce qui est posé là, sur une table bien trop petite pour le contenu du sac déballé. Ca déborde un peu. Il ne reste pas vraiment de place pour penser. 

Et après? 

Comme une sorte de culpabilité qui serre un peu le bide, et puis on change de radio. 
On passe à autre chose. On se demande vaguement comment il a pu en arriver là. 

Plus de place pour elle dans ce marasme. 
Rien de doux ou de rassurant… Rien jamais. 
Son témoignage de faiblesse résonne comme une condamnation à rester forte. 
Rester debout, rester solide. 

Pour tou-te-s les autres, pour celleux qui s’inquiètent, pour consoler celleux que ses souvenirs peinent. Pour leur enlever cette culpabilité de n’avoir rien vu, de n’avoir rien fait. Être là, rester debout, rester forte. Pour eux, pour vous. Parce qu’elle a terni l’image qu’iels se faisaient d’un passé, d’une vie. 

Elle reste donc coupable. 

Elle n’a pas de place. 
Pas de place pour la tristesse, pas de place pour se pleurer. 
Elle suffoque à l’intérieur. 

Comme si entre ses côtes, au milieu de sa poitrine, pile dans le creux entre ses seins, quelqu’un serrait très fort. La poigne est si puissante que la douleur remonte vers sa gorge en un cri silencieux. 

Faire remonter la violence est épuisant. 

Elle commande un deuxième café au serveur qui passe à côté d’elle. 
Continuer, être debout, faire, dire, avancer. 
Elle rajuste ses lunettes de soleil.

Prendre le temps de pleurer un peu sur son sort, juste quelques secondes, pour desserrer l’étau. 

Au fond, tout au fond, il reste de la douleur, il reste de la honte. 

Elle avale d’une traite l’expresso brûlant, se lève avec un sourire. 

Au fond, tout au fond il y a cette certitude que ça ira.

Un commentaire sur “Later Days

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  1. J aime beaucoup! Est ce que la ressource est dans le café? Dans la parole ouverte aux autres? Dans les lunettes vissées? … peu importe… même si nous sommes au premier jour de l’automne, ça sent le renouveau du printemps!

    Aimé par 1 personne

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