Ça n’a rien à voir avec vous, je suis triste, voilà tout.

Je me rends bien compte que ça fait longtemps.
J’observe avec dépit mon impossibilité à agir.
Je suis noyée sous des flots de pensées contradictoires.

Tout se termine.

Je cherche tout au fond la vie qui jadis m’habitait. Avec le temps elle me paraît futile et fausse.
Finalement, où allais-je?

Je ne sais plus réellement ce qui est vrai. Peut-être me suis-je trompée il y a longtemps déjà. Peut-être était-ce le weekend dernier.
Et si, aujourd’hui, j’étais confrontée aux choix d’hier, ne ferais-je pas exactement les mêmes? Pourrais-je échapper au vide? A la peine? A la violence?

Je ne suis pas sûre de pouvoir ressentir encore. Et vous n’y pouvez rien.
Chaque fois, je cultive fugacement l’illusion de vivre quelque chose qui pourrait emplir, juste quelques instants, le vide qui se creuse en moi depuis trop longtemps.
J’espère, même pour quelques secondes, quelques heures, que je vais aimer. Parfois, un tremblement – l’ébauche d’un émoi – subsiste au delà d’une nuit pour s’effondrer la suivante.
Je vous regarde, ennuyée, vous débattre dans une clarté matinale incertaine, attendant avec impatience la fin de votre café, un dernier baiser, pour enfin fermer la porte et commencer à vivre.
Vous êtes l’ennui qui occupe mes insomnies. Vous prenez tout juste assez d’espace pour me faire oublier, le temps d’une étreinte, que la vie passe trop vite et le temps trop lentement.

Ces derniers temps, j’ai la nausée. L’existence ressort de moi par vagues, violentes et brutales. Je ne garde plus en mon sein. Je ne cajole plus les souvenirs.
Je me sens salie par la mémoire de vos mains sur mon corps, de votre regard dans le mien. Que vos caresses aient été tendres ou désespérées, vos yeux noirs de jais ou d’un bleu lumineux, je suis salie, encore et encore.
Je vis dans cette honte, ce dégoût de ton être, celui des parts de moi que vous avez touchées.

Quoi qu’il arrive, je reste coupable. Coupable de continuer à ouvrir la porte, coupable de fermer les yeux, coupable de me nier.
Je suis mon pêché originel, la source de tous mes déboires, de tous les abus.
D’aucuns peuvent dire que je l’ai bien mérité. Que je ne suis qu’une misérable salope, que ce qui sort de ma bouche n’est que mensonge.

A des moments, je n’ai plus envie.
Je crois que je suis fatiguée. Je crois que je ne veux plus. Plus vraiment.
Je veux dire, je ne veux rien. Mon désir s’est éteint comme on souffle une chandelle. Le noir s’est installé tout autour et je tente vainement de m’accoutumer à l’obscurité.
A nouveau, je suis au bord.

Je sens bien que tout cela ne me concerne pas, que ça ne me regarde plus.
Je ne le dis pas, mais parfois, une envie viscérale de disparaître beaucoup me saisit.
Ne plus être à ce monde. Exister hors de tout, hors du temps. Mettre un pied hors de soi pour toucher du doigt l’extase de ne plus appartenir.
Alors, la vie devient quelque chose. Quelque chose au loin, que l’on peut regarder et trouver beau.

Je suis au bord et je ne ressens plus. Ni la douleur, ni la faim, comme si plus rien ne pouvait me toucher. Mes rêves sont chimères et rien n’a de saveur. Une vie sans relief et sans attentes.
Tout me parait si loin maintenant.
J’attends. J’attends de ressentir enfin.

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