*rapist piece of shit

S.,

J’avais, à mon grand bonheur, laissé derrière moi l’idée d’entendre à nouveau parler de toi un jour. 
Je ne sais pas quelle lubie m’a prise quand j’ai cru que tu pourrais avoir du respect pour quoi que ce soit me concernant. Quand je me suis dit que dans mon malheur, j’avais quand même la « chance » d’être face à une personne qui avait la capacité d’admettre ses fautes et de se remettre en question.

Pour celleux qui me lisent depuis quelques temps, j’ai parlé plus tôt des viols dits “conjugaux” que j’ai subi il y a quelques années, de la façon dont je me suis échappée de cette relation abusive, et finalement, il y a peu, de la confrontation avec mon violeur qui s’était plutôt bien passée. Enfin, aussi bien que peut se passer ce genre de moment. 

Depuis, l’attitude de ce fils de frotteur a changé. Il répète à qui veut bien l’entendre qu’il n’est pas un violeur. Que ce ne sont pas mes mots. Que je surfe sur une certaine vague du #metoo et un climat ambiant un peu trop féministe à son goût.
Lors de notre discussion, il m’avait demandé des détails sur les sévices que je disais avoir subis. Choquée par sa légèreté, je lui avais donné le lien du blog, pour qu’il aille y lire lui même les souvenirs que j’y ai consigné.

Tu m’as fait la totale en novembre, lorsque que j’ai pris le temps de te regarder dans les yeux en te remémorant les insultes et les viols que tu m’as fait subir pendant près d’un an. Le harcèlement dont j’ai été la victime pendant des mois. 
Ce jour là, tu t’es excusé, baissant les yeux, au bord des larmes.Tu m’as parlé de ton désarroi, de ton problème avec l’alcool et des trous de mémoire qui rendait ces moments lointains et troubles.

J’y ai cru. Bêtement. J’ai pensé que tu adopterais une posture digne en faisant profil bas. Que tu avais encore un tant soi peu de décence. Que tu n’étais pas comme tous ces hommes qui finissent par rejeter la faute sur leur victime, prétextant un comportement provocateur, ou un droit de cuissage légitime.
Mais c’était sans compter sur la force du déni. 
C’était oublier que la plupart des gens, dans une situation difficile préfèrent mettre la tête dans le sable et accuser le monde entier plutôt que de se remettre en question. 

Notre discussion de cet automne a donc donné lieu à un spin-off dans lequel je ne fais pas d’apparition. Tu as donc réussi dans un coin de ton esprit tordu à m’infantiliser et à me manquer à nouveau de respect. Tu me transformes en une femme influençable et mythomane qui se projette dans un fantasme de victime histoire d’être dans l’air du temps. 
Tu as choisi de réduire les violences que tu m’as fait subir à un simple effet de mode. De minimiser ce qu’il m’a fallu de force pour t’affronter en le ramenant à un caprice d’enfant.
D’ailleurs, n’est-ce pas de cette façon que tu vois toutes les femmes qui sont en désaccord avec toi? Comme des enfants?

Je n’ai besoin d’aucun # pour savoir que tu es la pire chose qui soit arrivée dans ma vie. Que ce que tu m’as fait sera toujours une partie de moi. Que je vis aujourd’hui malgré toi.
Aucun témoignage médiatique récent, aussi inspirant et libérateur soit-il, n’est nécessaire pour me rappeler de chaque détail des violences que tu m’as imposées. 

Les mots que j’ai prononcés face à toi, en te regardant dans les yeux, ceux que j’ai écris sur ce blog m’appartiennent. 
Ils sont la réalité de ce qu’a été mon quotidien avec toi. Les insultes, les viols, l’alcool et les excès.
Ton manque de respect et ta condescendance définissent exactement quel genre de personne tu es: un homme faible triste et malade, un batracien qui se noie dans une mare d’eau croupie.
Tu ne pourras jamais effacer ta culpabilité en minimisant mon intellect et mon honnêteté.

Tu me donnes la nausée. De tes yeux chassieux à ton sourire libidineux; de tes blagues de mauvais goût à ton rire trop gras; tout ce que tu es me dégoûte profondément. 

Arrivée à ce point, je vais résumer étant donné que trop de mots à la suite, sans un en-tête de l’Équipe en haut de page, sont probablement un peu difficiles à mettre bout à bout pour ton cerveau imbibé d’alcool:

N’ai aucun doute. 
Tu es un violeur.
Tu es un harceleur.
Il n’y a pas de débat. 

Ton attitude face à la situation me met dans l’obligation de parler. Tu me forces, une fois de plus, à revivre tes violences, à raconter ton emprise. 

Tu n’es pas la victime. Tu es le bourreau.
Tu m’as insultée, humiliée, rabaissée de façon systématique pendant des années. 
Nier cette vérité, c’est à nouveau me nier moi. 
C’est être ce salaud.
Chaque fois qu’un violeur nie, chaque fois qu’un autre homme le défend, ils crachent au visage de toutes les victimes.

Il est vrai que je ne suis pas seule.
Ces derniers temps la parole des femmes se libère.
Sont-elles toutes des menteuses pathologiques en quête d’un moment de gloire?
Ou est-ce que ces pratiques qui se sont déroulées impunément pendant des décennies sont finalement reconnues comme inacceptables?
C’est grâce à notre voix que nous vous empêcherons de nuire. En vous rappelant que vos actes ont des conséquences. Que nos corps ne vous appartiennent pas. Qu’ils ne vous ont jamais appartenu.
Si nos mots sont trop durs à entendre, trop violents, essayez la pénétration non désirée. On rediscutera de douleur après.

C’est bien moi. C’est bien ma voix, ce sont bien mes lèvres qui les prononcent. Ce sont bien mon corps et mon esprit. Ceux là même que tu as tenté d’effacer il y a quelques années. 

Le nier, c’est m’insulter. Encore.
Je n’ai plus peur de toi. Je ne suis plus la femme qui s’est échappée en larmes d’un appartement enfumé. 

Le violeur, c’est toi. Le coupable c’est toi.
Toi aussi ce fardeau, tu devras le porter toute ta vie.

Avec toute ma haine et mon dégoût, 
Sincèrement,

C.

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